Et si nous abordions nos désaccords avec davantage de curiosité que de rigidité ?
Il suffit parfois de peu de choses pour qu'une discussion se ferme.
Quelqu'un propose une nouvelle idée. Nous l'écoutons, mais très vite, nous pensons aux raisons pour lesquelles elle ne fonctionnera pas. Nous avons déjà rencontré ce problème, essayé quelque chose de similaire ou identifié des contraintes que cette personne n'a peut-être pas envisagées.
Alors nous répondons. Nous expliquons pourquoi ce n'est pas si simple, pourquoi nous avons toujours fait autrement, pourquoi une autre solution nous semble plus pertinente.
Et la discussion prend parfois une direction bien différente de celle qui était prévue : au lieu d'explorer une idée, chacun commence à défendre son point de vue.
Pourquoi avons-nous parfois tant de mal à simplement laisser une idée exister avant de la juger ?
Je crois que cela tient en partie à ce que nous mettons derrière nos opinions. Elles ne sont pas toujours de simples préférences. Elles sont souvent liées à notre expérience, à notre expertise, aux décisions que nous avons prises et aux façons de faire que nous avons contribué à construire.
Dès lors, entendre une proposition différente peut être plus inconfortable qu'il n'y paraît. Nous pouvons avoir le sentiment que notre travail est remis en question, que notre expérience n'est pas prise en compte ou que notre compétence est contestée.
Cela peut susciter de la frustration, de l'inquiétude ou simplement l'envie de rappeler pourquoi nous avons choisi cette voie. Et sans nous en rendre compte, nous ne cherchons plus seulement à défendre une idée : nous cherchons aussi, parfois, à défendre notre place dans la discussion.
C'est humain. Mais c'est aussi là que le désaccord peut devenir une occasion manquée.
Car une idée différente ne signifie pas nécessairement que ce que nous avons construit jusque-là n'a aucune valeur. Elle peut simplement apporter un autre regard, révéler un angle mort ou poser une question que nous ne nous étions pas encore posée.
Encore faut-il lui laisser cette possibilité.
C'est toute la différence entre être convaincu et être certain. Une conviction peut s'appuyer sur une expérience solide, tout en restant ouverte à la discussion. Une certitude, elle, laisse parfois si peu de place au doute que nous n'écoutons plus vraiment ce qui pourrait la faire évoluer.
La curiosité peut justement nous aider à retrouver cet espace.
Non pas en acceptant toutes les idées, ni en renonçant à nos convictions, mais en prenant le temps de comprendre ce qui se trouve derrière une proposition avant de décider si elle mérite d'être retenue. Qu'est-ce qui a amené cette personne à y penser ? Quel problème cherche-t-elle à résoudre ? Qu'a-t-elle observé que nous n'avons peut-être pas vu ?
Ces quelques questions peuvent suffire à changer le ton d'un échange.
Et cela compte particulièrement dans une équipe. Car lorsque les idées sont systématiquement accueillies par des objections immédiates, les personnes finissent parfois par hésiter à les partager. Elles anticipent les réponses, préfèrent ne pas insister ou gardent pour elles des pistes qui auraient pourtant pu faire avancer la réflexion collective.
Ce phénomène ne dépend pas d'un rôle ou d'une fonction. Nous pouvons tous y contribuer : en tant que manager, lorsque nous sommes attachés à une décision ; en tant que collaborateur, lorsque nous avons le sentiment que notre expertise n'est pas reconnue ; ou simplement entre collègues, lorsque nous tenons à une méthode que nous connaissons bien.
Bien sûr, toutes les idées ne sont pas bonnes à prendre. Et il faut parfois savoir trancher, maintenir un cap ou expliquer pourquoi une proposition ne sera pas retenue.
Mais décider de ne pas suivre une idée ne devrait pas nous empêcher de chercher à la comprendre.
Nous n'avons pas besoin d'être d'accord pour nous écouter réellement. Et peut-être que la qualité de nos échanges se joue précisément là : dans notre capacité à ne pas considérer chaque désaccord comme quelque chose à résoudre ou à gagner, mais comme une occasion de regarder une situation autrement.
La prochaine fois qu'une idée nous semblera peu pertinente, prenons-nous vraiment le temps de l'examiner… ou sommes-nous déjà en train de préparer notre réponse ?
